En marge de la 33ᵉ Journée mondiale de la liberté de la presse, la Plateforme des Promoteurs et Acteurs pour le Développement des Médias au Bénin (PADeM-Bénin) a innové en organisant une immersion des journalistes sur les sites historiques de Ouidah. L’objectif : transformer les professionnels des médias en témoins actifs de la culture béninoise pour mieux la raconter .
Cette sortie touristique, inédite dans sa forme, a conduit la délégation sur plusieurs lieux emblématiques qui ont accueilli des milliers de visiteurs lors de l’édition 2026 des Vodun Days. Du marché aux esclaves à la Porte du Non-Retour, en passant par le Temple des Pythons, le circuit de l’esclave et le village de Zoungbodji, les journalistes ont arpenté les traces de l’histoire pour mieux en saisir la portée.
Une immersion pour combler le déficit de narration locale
« On ne nous parle pas de notre propre histoire. La PADeM-Bénin a organisé cette visite pour vivre les réalités de chez eux afin d’en parler », a expliqué Firmin Gbekan, premier vice-président de la PADeM-Bénin. Pour lui, cette initiative répond à un déficit de narration locale. Trop souvent, les récits sur le Bénin sont produits hors du pays et déconnectés des réalités de terrain. En plaçant les journalistes au cœur des sites, la PADeM-Bénin leur donne les clés d’un traitement médiatique plus ancré, plus authentique.
L’innovation réside dans cette approche : faire du journaliste un acteur culturel, et non un simple rapporteur. Modeste Zinsou, guide touristique, a illustré cette démarche en décrivant la cohabitation unique entre le Temple des Pythons et la cathédrale de Ouidah, symbole de la tolérance religieuse béninoise. « Après, on a fait le tour du circuit de l’esclave qui part du marché de l’esclave vers la Porte du Non-Retour. On a visité le marché des esclaves. On a parlé également du village de Zoungbodji », a-t-il détaillé, rappelant que chaque pierre de la cité historique porte une mémoire.
Cette immersion a aussi permis de susciter une réflexion collective sur le devoir de mémoire. « Je me suis dit : est-ce normal qu’on traite des humains comme ça ? Mais ça fait partie de l’histoire », a confié Rafiatou Mamadou, coordinatrice nationale de CFU, marquée par la visite du site de la traite négrière.
Culture et liberté de la presse : deux leviers indissociables
Au-delà de l’émotion, la PADeM-Bénin inscrit cette sortie dans une stratégie plus large : lier valorisation du patrimoine et renforcement de la liberté de la presse. Pour Ilarion Kingnon, président de la plateforme, les deux chantiers sont indissociables. « En clair, consolider la liberté de la presse, c’est aussi renforcer l’attractivité touristique et économique de notre pays. Les investissements colossaux faits à Ouidah produiront alors pleinement les retombées attendues », a-t-il déclaré.
L’innovation de la PADeM-Bénin tient à cette vision systémique. En organisant la visite, la plateforme crée un pont entre culture, tourisme et médias. Les journalistes, mieux informés et plus outillés, deviennent des relais crédibles pour promouvoir Ouidah et, par extension, l’ensemble du patrimoine béninois. Ils peuvent désormais produire des contenus qui valorisent la Route des Esclaves, le Musée international du Vodun et les couvents traditionnels avec précision et fierté.
La PADeM-Bénin encourage ainsi le Gouvernement à poursuivre cette dynamique de valorisation. « Valoriser Ouidah, c’est bien. Continuer à garantir et à améliorer le cadre d’exercice d’une presse libre et responsable, c’est stratégique. Les deux vont de pair », a souligné Ilarion Kingnon.
Cette sortie marque un tournant. Elle montre que le développement des médias ne se limite pas aux questions techniques ou juridiques. Il passe aussi par la capacité des journalistes à s’approprier la culture nationale pour mieux la partager.
Pour les participants, l’expérience a été un déclic. Le défi désormais est de transformer cette immersion en récits, reportages et programmes qui feront voyager le Bénin au-delà de ses frontières. C’est par ce travail de narration que la culture béninoise gagnera en visibilité et en valeur sur la scène internationale.
La Rédaction







