Ancienne patiente du Centre Saint-Camille, Jocelyne Alavo a traversé quinze années d’errance liées à la maladie mentale avant d’être prise en charge en 2018. Aujourd’hui rétablie, mariée et mère de deux enfants, elle est devenue gestionnaire au sein du centre. Témoignage d’un parcours de résilience et de réinsertion.
Qui est Jocelyne Alavo ?
Je m’appelle Alavo Sèlidji Jocelyne. J’ai 45 ans. Je suis mariée et mère de deux enfants, dont l’aîné a 20 ans.
Depuis quand êtes-vous au Centre Saint-Camille ?
J’ai intégré le centre en 2018.
Qu’est-ce qui vous a amenée ici ?
C’est une longue histoire. J’étais élève en classe de Première quand j’ai perdu une de mes sœurs. Nous sommes onze enfants du côté de mon père, et c’était la première fois que nous vivions un tel drame. Après son décès, quelque chose s’est brisé en moi. C’est là que la maladie a commencé. On m’a conduite un peu partout : chez des tradipraticiens, dans des églises, dans des lieux de prière… Mais les crises revenaient sans cesse. Cela a duré quinze ans. Pendant cette période, j’alternais entre la maison et la rue.
Comment êtes-vous arrivée au centre ?
En 2018, alors que j’errais dans les environs de Kpota, à Abomey-Calavi, deux jeunes hommes m’ont approchée et convaincue de les suivre. Ils m’ont conduite au centre Saint-Camille de Tokan. C’est là que j’ai commencé les soins. Après un mois de prise en charge, j’étais déjà rétablie.
Le fondateur a alors décidé de me faire confiance en me proposant de travailler au centre. Depuis 2018, je suis restée dans l’institution.
Quel a été votre parcours professionnel au sein du centre ?
À Tokan, je travaillais à la pharmacie. J’ai ensuite été affectée à Avrankou comme gestionnaire, puis à Bohicon où j’occupe toujours ce poste.
Je n’ai pas reçu de formation spécifique en gestion, mais j’ai une formation en informatique, option saisie, ce qui m’aide beaucoup dans mon travail.
Votre vie personnelle a-t-elle été impactée par cette période difficile ?
Oui. J’ai vécu en couple pendant ma période de maladie. Après la naissance de mon deuxième enfant, les crises ont repris. Le père de cet enfant m’a rejetée à cause de la maladie.
Depuis 2018, je suis avec mon actuel conjoint. Tout se passe bien.
Comment se passe la collaboration avec les patients, sachant que vous avez vous-même été malade ?
Nous faisons de notre mieux pour répondre à leurs besoins. Quand un patient ne se sent pas bien, on le lave, on l’habille, on lui donne à manger. Les infirmiers assurent les soins médicaux. Chacun joue sa partition.
Beaucoup parmi nous sont d’anciens malades rétablis. Ici, une grande partie du personnel — environ une cinquantaine de personnes — est composée d’anciens patients. Cela facilite la compréhension et l’accompagnement.
Quel est votre plus beau souvenir dans ce parcours ?
Ce qui m’a le plus marquée, c’est la confiance du fondateur. Après ma guérison, il aurait pu me laisser repartir seule. Mais il m’a intégrée à l’équipe. Depuis 2018, je travaille ici. J’en suis fière, sincèrement.
✍️ Interview réalisée par GKF

