À quelques semaines de l’élection présidentielle, la question des électeurs transférés lors des dernières législatives et municipales refait surface. Entre désengagement des acteurs politiques et contraintes logistiques, le spectre d’un faible taux de participation se précise.
À l’approche de l’élection présidentielle du 12 avril 2026, une problématique électorale jusque-là peu débattue pourrait peser lourdement sur la participation des citoyens : celle des transferts massifs d’électeurs opérés lors des élections législatives et municipales du 11 janvier dernier.
En effet, dans un contexte d’élections dites de proximité, plusieurs acteurs politiques ont eu recours à des mécanismes légaux du code électoral pour procéder au transfert de milliers d’électeurs vers leurs circonscriptions respectives. L’objectif était clair : capitaliser sur des liens de familiarité, d’appartenance socioprofessionnelle, ethnique, voire sentimentale, afin d’optimiser leurs chances de victoire.
Ces opérations ont souvent été accompagnées d’un important soutien logistique et financier : transport organisé, per diem, mobilisation de réseaux locaux. Un investissement stratégique assumé, dans une logique de conquête ou de conservation de sièges parlementaires et municipaux.
Mais aujourd’hui, le contexte a changé.
Contrairement aux élections locales, la présidentielle ne repose pas sur des logiques territoriales restreintes. Elle mobilise l’ensemble du corps électoral autour d’un enjeu national. Or, les électeurs transférés sont désormais tenus de voter dans leurs nouveaux centres d’inscription, parfois éloignés de leurs lieux de résidence habituels.
Dès lors, une question cruciale se pose : qui prendra en charge leur déplacement ?
Les acteurs politiques qui avaient facilité ces transferts ne semblent plus directement concernés par l’échéance présidentielle. Leur implication logistique et financière, déterminante lors des précédents scrutins, pourrait ne pas être reconduite. Dans ces conditions, de nombreux électeurs pourraient se retrouver dans l’incapacité matérielle de rejoindre leurs centres de vote.
Cette situation constitue un facteur potentiel d’abstention, dans un contexte déjà marqué par une érosion continue de la participation électorale au Bénin.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
De 2011 à 2026, le taux de participation a connu une baisse significative. Il est passé de 84,82 % en 2011 à 66 % en 2016, puis à 50,63 % en 2021. Cette tendance s’est accentuée avec 37 % en 2023, pour atteindre 36,74 % en 2026. En quinze ans, la participation électorale a ainsi chuté de plus de 34 points.
Une telle dynamique interroge sur la vitalité démocratique et l’engagement citoyen. Et dans ce contexte, les effets induits des transferts d’électeurs pourraient aggraver la situation.
À cette équation s’ajoute un autre facteur souvent négligé : celui des primo-votants. Il s’agit notamment de citoyens inscrits depuis plusieurs années, parfois depuis 2011, mais qui n’avaient pas encore atteint l’âge légal de voter à l’époque. En 2026, cette frange de la population est désormais pleinement intégrée au corps électoral.
Toutefois, leur participation effective dépendra de plusieurs variables : leur niveau d’information, leur motivation, mais aussi leur capacité à localiser et à rejoindre leur centre de vote. Si certains d’entre eux ont été indirectement concernés par des dynamiques de transfert ou par des changements administratifs, cela pourrait également constituer un frein supplémentaire.
Dès lors, une interrogation s’impose : les transferts d’électeurs opérés dans une logique de stratégie politique à court terme ne risquent-ils pas de produire, à moyen terme, un effet pervers sur la participation électorale ?
L’enjeu dépasse les intérêts partisans. Il touche à la crédibilité du processus électoral et à la légitimité des institutions issues des urnes.
Face à cette situation, plusieurs pistes méritent d’être explorées. Une meilleure sensibilisation des électeurs sur leurs lieux de vote, la mise en place de dispositifs facilitant la mobilité le jour du scrutin, ou encore une réflexion plus large sur les conditions de transfert des électeurs pourraient contribuer à atténuer les risques.
Car au-delà des chiffres, c’est la qualité de la démocratie béninoise qui est en jeu. Une démocratie ne se mesure pas seulement à la tenue régulière des élections, mais aussi à la participation effective des citoyens.
Le 12 avril prochain constituera, à cet égard, un test grandeur nature.
GKF


