Bilan de trois mois de mise en œuvre de la réforme : 638 urgences vitales enregistrées au CNHU-HKM et 915 au CHU-MEL
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PAR Rédaction

638 urgences vitales au CNHU-HKM et 915 au CHU-MEL : c'est le bilan enregistré trois mois après le lancement de la réforme en juin 2026. Les deux établissements hospitaliers de référence de Cotonou affichent, doit-on reconnaître , des résultats significatifs. Réduction des délais d’admission, accélération des premiers soins et baisse de la mortalité figurent parmi les avancées enregistrées. Mais les difficultés de recouvrement des frais engagés et l’insuffisance des capacités d’accueil fragilisent la pérennité du dispositif. Réunis le 6 octobre à la mairie de Cotonou, les ministres conseillers, les élus locaux et les relais communautaires ont été mobilisés pour sensibiliser les bénéficiaires au remboursement des frais après leur prise en charge. C'est ce qui ressort du DOSSIER SANTÉ de la Rédaction de votre journal
La réforme de la prise en charge des urgences vitales repose sur un principe essentiel : soigner d’abord et procéder au recouvrement des frais après la stabilisation du patient. Elle vise à éviter que des difficultés financières ou des formalités administratives retardent les soins lorsque le pronostic vital est engagé.
Au Centre national hospitalier universitaire Hubert Koutoukou Maga (CNHU-HKM), le bilan arrêté au 9 septembre 2026 fait état de 638 urgences vitales prises en charge. Dans le détail, 311 cas ont été enregistrés en pédiatrie, 94 à la Clinique universitaire de gynécologie-obstétrique (CUGO) et 233 dans le service des grandes urgences.
Les résultats communiqués par le directeur général, Dieudonné Gnonlonfoun, mettent également en évidence une amélioration des délais de prise en charge. Le temps d’admission est passé de 30 minutes à environ 10 minutes. Quant au délai d’administration des premiers soins, il est passé de 45 minutes à une fourchette de 10 à 15 minutes.
L’évolution du taux de mortalité dans les 24 heures constitue un autre indicateur important. Selon les chiffres présentés par la direction du CNHU-HKM, ce taux est passé de 30 % à 15 %, soit une diminution de moitié. Cette évolution est encourageante, même si elle ne suffit pas, à elle seule, à établir que la réforme est l’unique facteur de cette baisse.
Au Centre hospitalier universitaire de la Mère et de l’Enfant-Lagune (CHU-MEL), les chiffres sont tout aussi significatifs. Au 9 septembre, 915 urgences vitales avaient été prises en charge, réparties entre 213 cas en néonatologie, 520 aux urgences pédiatriques et 182 en maternité.
À ces interventions s’ajoutent 3 175 autres urgences non vitales prises en charge par l’établissement. Ces données témoignent de la forte sollicitation des services de cet hôpital spécialisé dans la santé de la mère et de l’enfant.
Au total, les deux établissements ont donc traité 1 553 urgences vitales en trois mois, auxquelles s’ajoutent les 3 175 autres urgences recensées au CHU-MEL. Ces chiffres illustrent l’importance du dispositif pour les patients confrontés à des situations critiques.
Recouvrement insuffisant, personnel et capacités d’accueil sous pression
Derrière ces performances médicales, des difficultés financières et organisationnelles apparaissent. Le principal défi concerne le remboursement des dépenses engagées par les hôpitaux pour assurer les soins sans paiement préalable.
Au CNHU-HKM, le montant des frais restant à recouvrer atteignait 45,1 millions de FCFA, pour un taux de recouvrement de seulement 35,71 % au 9 septembre. Autrement dit, une part importante des sommes engagées n’avait pas encore été récupérée.
Au CHU-MEL, le taux de recouvrement communiqué s’élevait à 44,30 %, pour un montant engagé d’environ 40,66 millions de FCFA au titre des urgences vitales. Là encore, les recettes récupérées restent inférieures aux dépenses engagées dans le cadre du dispositif.
Cette situation soulève une préoccupation majeure : sans remboursement suffisant, les établissements risquent de rencontrer des difficultés pour renouveler leurs stocks de médicaments et d’intrants indispensables à la prise en charge immédiate des patients.
Les contraintes ne sont pas uniquement financières. Les deux hôpitaux font également état de besoins en personnel médical, notamment en spécialistes, ainsi que de difficultés liées à la capacité d’accueil. Des infrastructures sollicitées au-delà de leurs capacités peuvent compliquer l’admission des patients, même lorsque le principe de la prise en charge sans avance de frais est appliqué.
Les cas de patients confrontés à des difficultés d’admission faute de places, rapportés dans l’actualité sanitaire, rappellent ainsi que la réforme du financement des urgences doit s’accompagner d’efforts sur les ressources humaines, les lits disponibles et les équipements.
À la mairie de Cotonou, une mobilisation pour préserver la réforme a eu lieu le 6 octobre 2026
Face à ces difficultés, une réunion s’est tenue le mardi 6 octobre 2026 à la mairie de Cotonou, avec la participation de membres du Collège des ministres conseillers, de responsables locaux, de chefs de quartier et de relais communautaires.
La rencontre, conduite autour de la ministre conseillère à la Santé, Rosine Dagniho, avait pour objectif de renforcer la sensibilisation des populations sur les modalités de la prise en charge des urgences vitales et sur leur responsabilité dans le règlement des frais après les soins.
Le message porté par les autorités est clair : l’absence de paiement préalable ne signifie pas que les dépenses médicales doivent systématiquement rester à la charge des établissements hospitaliers. Le dispositif garantit d’abord la prise en charge des patients dont la vie est en danger, puis prévoit la régularisation des frais après la stabilisation de leur état.
Les chefs de quartier et les relais communautaires sont ainsi appelés à jouer un rôle de proximité pour mieux faire connaître cette mesure, expliquer les obligations des bénéficiaires et favoriser le remboursement des sommes dues. Cette démarche vise à améliorer le recouvrement tout en préservant la vocation sociale du dispositif.
La réunion du 6 octobre marque donc une étape dans la recherche de solutions à l’un des principaux points faibles de la réforme. La sensibilisation communautaire devra cependant produire des résultats concrets pour permettre aux hôpitaux de disposer durablement des ressources nécessaires à la continuité des soins.
En définitive, les chiffres du CNHU-HKM et du CHU-MEL mettent en évidence des avancées réelles dans la rapidité de prise en charge des urgences vitales. La réduction des délais et la baisse de la mortalité rapportée au CNHU-HKM constituent des signaux encourageants. Mais la pérennité de ces acquis dépendra aussi de l’amélioration du recouvrement, du renforcement du personnel et de l’augmentation des capacités d’accueil.
L’enjeu est désormais de concilier efficacité médicale, solidarité envers les patients et viabilité financière des établissements publics de santé.
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