Les Amazones sombrent, le football béninois face à l'urgence d'une véritable remise en question
Après l'espoir suscité par le nul héroïque (2-2) obtenu contre le Mexique pour leur première apparition mondiale, les Amazones U-20 du Bénin ont subi une véritable correction face à l'Argentine. Battues 0-8, les jeunes Béninoises ont été dépassées dans presque tous les compartiments du jeu. Au-delà du score, cette lourde défaite pose la question de la préparation, de l'encadrement et, plus largement, de la stratégie mise en place autour de cette première participation historique à une Coupe du monde.
PAR Rédaction
8 septembre 2026•5 min de lecture• 0 vues•PUBLIÉ À COTONOU

PHOTO © LE MEILLEUR QUOTIDIEN / ARCHIVES
Une soirée cauchemardesque à Katowice
Le contraste est saisissant. Trois jours seulement après avoir fait preuve d'un remarquable caractère pour revenir de 0-2 à 2-2 face au Mexique, les Amazones U-20 ont vécu une soirée particulièrement difficile contre l'Argentine.
Pour leur deuxième sortie dans le groupe A, les Béninoises se sont lourdement inclinées sur le score sans appel de 0-8. Un résultat qui tranche brutalement avec la belle impression laissée lors du premier match, au cours duquel Romaine Gandonou avait permis au Bénin d'arracher un point historique grâce à un doublé. La CAF avait d'ailleurs salué cette réaction des jeunes Béninoises, revenues de deux buts de retard.
Cette fois, la réaction n'a pas eu lieu. Face à une équipe argentine déterminée à se relancer après sa défaite initiale contre la Pologne, le Bénin a subi la rencontre et n'a jamais véritablement réussi à installer son jeu.
Du rêve mondial à la dure réalité du très haut niveau
Il serait toutefois injuste de réduire cette aventure au seul 0-8. Pour une sélection qui participait pour la première fois à une phase finale de Coupe du monde U-20, l'objectif premier était aussi de mesurer le chemin qui sépare encore le football féminin béninois du très haut niveau international.
Avant son départ pour la Pologne, la sélection avait pourtant enregistré plusieurs résultats encourageants en préparation, notamment des victoires contre Sarcelles et Fleury. Le sélectionneur Abdoulaye Ouzérou avait également estimé que la préparation avait été largement satisfaisante, tout en reconnaissant que son équipe devait encore progresser pour atteindre le niveau requis par une compétition mondiale.
Le match contre l'Argentine vient malheureusement rappeler cette réalité : réussir une qualification historique est une chose ; être capable de rivaliser régulièrement avec les meilleures nations mondiales en est une autre.
Un signal d'alarme pour la formation
La lourdeur du score doit surtout pousser les responsables du football béninois à regarder au-delà du résultat. À moyen et long terme, le Bénin devra investir davantage dans la formation des jeunes filles, la détection précoce, la préparation internationale, la multiplication des confrontations de haut niveau et la structuration du championnat féminin.
Le talent existe. Le parcours de Romaine Gandonou et la capacité des Amazones à revenir contre le Mexique en sont une illustration. Mais le talent individuel ne suffit pas lorsqu'il faut affronter des équipes disposant d'une culture tactique, d'un volume de compétition et d'une expérience internationale supérieurs.
Cette Coupe du monde doit donc être considérée comme une école grandeur nature.
ENCADRÉ | COUVERTURE MÉDIATIQUE : LE FOOTBALL A AUSSI BESOIN DE PROFESSIONNELS DE L'INFORMATION
Quand l'image prend le pas sur l'expertise journalistique
Cette défaite doit également ouvrir un autre débat, celui de la couverture médiatique des sélections nationales.
Il est parfaitement légitime, à l'ère du numérique, que les fédérations, les institutions sportives et les délégations s'appuient sur des créateurs de contenus, vidéastes, influenceurs ou tiktokeurs pour valoriser leurs activités. Ces nouveaux acteurs peuvent toucher rapidement un public jeune et contribuer puissamment à la visibilité du football béninois.
Mais ils ne sauraient se substituer au journaliste sportif professionnel, particulièrement lorsqu'il s'agit d'une compétition internationale de cette importance.
Si, comme cela est dénoncé dans certains milieux de la presse sportive, des créateurs de contenus ont été privilégiés au détriment de journalistes sportifs professionnels pour accompagner la délégation béninoise au Mondial U-20, la question mérite d'être posée publiquement et sans passion : quels critères ont présidé à ces choix ?
Un journaliste sportif n'est pas seulement celui qui filme, photographie ou publie rapidement une séquence sur les réseaux sociaux. Il est aussi celui qui observe, analyse, vérifie, contextualise, interroge, compare et rend compte.
Dans une Coupe du monde, la mission d'un journaliste sportif professionnel va bien au-delà de la production de contenus promotionnels. Il doit pouvoir analyser les choix tactiques, interroger le staff technique, recueillir la parole des joueuses, décrypter les performances et mettre en perspective les résultats.
La communication et le journalisme sont complémentaires ; ils ne sont pas interchangeables.
Le Bénin gagnerait donc à établir une distinction claire entre communication institutionnelle, influence numérique et journalisme sportif. L'ouverture aux nouveaux médias est souhaitable, mais elle ne devrait pas se faire au détriment d'une presse sportive professionnelle, dont l'expertise contribue justement à la mémoire et à la lecture critique de notre football.
Le débat est d'autant plus important qu'une Coupe du monde constitue une vitrine du pays. On ne devrait pas seulement chercher à montrer le Bénin ; il faut aussi donner les moyens à ceux dont le métier est de raconter, d'analyser et de questionner le football de faire correctement leur travail.
L'heure n'est donc pas aux règlements de comptes
Le 0-8 ne doit pas servir de prétexte pour accabler les jeunes joueuses. Elles sont les premières victimes d'une soirée difficile et restent les pionnières d'une aventure historique : le Bénin dispute en Pologne sa première Coupe du monde féminine U-20. Le tournoi se déroule du 5 au 27 septembre 2026.
Mais cette claque doit provoquer une réflexion sérieuse et sans complaisance. Il faut tirer les enseignements techniques de cette rencontre, évaluer la préparation, interroger les choix organisationnels et renforcer la politique de formation.
Car le véritable échec serait de sortir de cette Coupe du monde avec seulement le souvenir du 2-2 contre le Mexique et du 0-8 contre l'Argentine, sans transformer ces deux expériences en leçons pour l'avenir du football féminin béninois.
Le Mondial est peut-être terminé pour certaines ambitions. Mais pour le Bénin, le véritable travail ne fait que commencer.
Jannot AMESSOUWOE
Le contraste est saisissant. Trois jours seulement après avoir fait preuve d'un remarquable caractère pour revenir de 0-2 à 2-2 face au Mexique, les Amazones U-20 ont vécu une soirée particulièrement difficile contre l'Argentine.
Pour leur deuxième sortie dans le groupe A, les Béninoises se sont lourdement inclinées sur le score sans appel de 0-8. Un résultat qui tranche brutalement avec la belle impression laissée lors du premier match, au cours duquel Romaine Gandonou avait permis au Bénin d'arracher un point historique grâce à un doublé. La CAF avait d'ailleurs salué cette réaction des jeunes Béninoises, revenues de deux buts de retard.
Cette fois, la réaction n'a pas eu lieu. Face à une équipe argentine déterminée à se relancer après sa défaite initiale contre la Pologne, le Bénin a subi la rencontre et n'a jamais véritablement réussi à installer son jeu.
Du rêve mondial à la dure réalité du très haut niveau
Il serait toutefois injuste de réduire cette aventure au seul 0-8. Pour une sélection qui participait pour la première fois à une phase finale de Coupe du monde U-20, l'objectif premier était aussi de mesurer le chemin qui sépare encore le football féminin béninois du très haut niveau international.
Avant son départ pour la Pologne, la sélection avait pourtant enregistré plusieurs résultats encourageants en préparation, notamment des victoires contre Sarcelles et Fleury. Le sélectionneur Abdoulaye Ouzérou avait également estimé que la préparation avait été largement satisfaisante, tout en reconnaissant que son équipe devait encore progresser pour atteindre le niveau requis par une compétition mondiale.
Le match contre l'Argentine vient malheureusement rappeler cette réalité : réussir une qualification historique est une chose ; être capable de rivaliser régulièrement avec les meilleures nations mondiales en est une autre.
Un signal d'alarme pour la formation
La lourdeur du score doit surtout pousser les responsables du football béninois à regarder au-delà du résultat. À moyen et long terme, le Bénin devra investir davantage dans la formation des jeunes filles, la détection précoce, la préparation internationale, la multiplication des confrontations de haut niveau et la structuration du championnat féminin.
Le talent existe. Le parcours de Romaine Gandonou et la capacité des Amazones à revenir contre le Mexique en sont une illustration. Mais le talent individuel ne suffit pas lorsqu'il faut affronter des équipes disposant d'une culture tactique, d'un volume de compétition et d'une expérience internationale supérieurs.
Cette Coupe du monde doit donc être considérée comme une école grandeur nature.
ENCADRÉ | COUVERTURE MÉDIATIQUE : LE FOOTBALL A AUSSI BESOIN DE PROFESSIONNELS DE L'INFORMATION
Quand l'image prend le pas sur l'expertise journalistique
Cette défaite doit également ouvrir un autre débat, celui de la couverture médiatique des sélections nationales.
Il est parfaitement légitime, à l'ère du numérique, que les fédérations, les institutions sportives et les délégations s'appuient sur des créateurs de contenus, vidéastes, influenceurs ou tiktokeurs pour valoriser leurs activités. Ces nouveaux acteurs peuvent toucher rapidement un public jeune et contribuer puissamment à la visibilité du football béninois.
Mais ils ne sauraient se substituer au journaliste sportif professionnel, particulièrement lorsqu'il s'agit d'une compétition internationale de cette importance.
Si, comme cela est dénoncé dans certains milieux de la presse sportive, des créateurs de contenus ont été privilégiés au détriment de journalistes sportifs professionnels pour accompagner la délégation béninoise au Mondial U-20, la question mérite d'être posée publiquement et sans passion : quels critères ont présidé à ces choix ?
Un journaliste sportif n'est pas seulement celui qui filme, photographie ou publie rapidement une séquence sur les réseaux sociaux. Il est aussi celui qui observe, analyse, vérifie, contextualise, interroge, compare et rend compte.
Dans une Coupe du monde, la mission d'un journaliste sportif professionnel va bien au-delà de la production de contenus promotionnels. Il doit pouvoir analyser les choix tactiques, interroger le staff technique, recueillir la parole des joueuses, décrypter les performances et mettre en perspective les résultats.
La communication et le journalisme sont complémentaires ; ils ne sont pas interchangeables.
Le Bénin gagnerait donc à établir une distinction claire entre communication institutionnelle, influence numérique et journalisme sportif. L'ouverture aux nouveaux médias est souhaitable, mais elle ne devrait pas se faire au détriment d'une presse sportive professionnelle, dont l'expertise contribue justement à la mémoire et à la lecture critique de notre football.
Le débat est d'autant plus important qu'une Coupe du monde constitue une vitrine du pays. On ne devrait pas seulement chercher à montrer le Bénin ; il faut aussi donner les moyens à ceux dont le métier est de raconter, d'analyser et de questionner le football de faire correctement leur travail.
L'heure n'est donc pas aux règlements de comptes
Le 0-8 ne doit pas servir de prétexte pour accabler les jeunes joueuses. Elles sont les premières victimes d'une soirée difficile et restent les pionnières d'une aventure historique : le Bénin dispute en Pologne sa première Coupe du monde féminine U-20. Le tournoi se déroule du 5 au 27 septembre 2026.
Mais cette claque doit provoquer une réflexion sérieuse et sans complaisance. Il faut tirer les enseignements techniques de cette rencontre, évaluer la préparation, interroger les choix organisationnels et renforcer la politique de formation.
Car le véritable échec serait de sortir de cette Coupe du monde avec seulement le souvenir du 2-2 contre le Mexique et du 0-8 contre l'Argentine, sans transformer ces deux expériences en leçons pour l'avenir du football féminin béninois.
Le Mondial est peut-être terminé pour certaines ambitions. Mais pour le Bénin, le véritable travail ne fait que commencer.
Jannot AMESSOUWOE
Le Meilleur Quotidien — https://lemeilleurquotidien.bj/article/287edb04-5c12-49b3-8eeb-a26c433ae6b7
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