Port de Cotonou : le travail 7j/7 annoncé par les Douanes déjà plombé?

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PAR Rédaction

26 octobre 2026•6 min de lecture• 0 vues•PUBLIÉ À COTONOU
Port de Cotonou : le travail 7j/7 annoncé par les Douanes déjà plombé?
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Port de Cotonou

Le travail 7j/7 annoncé par les Douanes déjà plombé?

L’absence des opérateurs privés soulève des interrogations

Alors que le directeur général des Douanes, Raouf Malèhossou, a annoncé le 22 octobre 2026 le passage au travail sept jours sur sept au port de Cotonou, les premières vérifications effectuées par Africaho sur le terrain, samedi 24 octobre, révèlent un décalage entre cette orientation et la disponibilité de plusieurs opérateurs privés. Bénin Terminal, Bénin Manutentions, MSC et Maersk n’auraient pas organisé de permanence dominicale selon les informations recueillies par le média. Une situation qui pose la question de la coordination entre les différents maillons de la chaîne portuaire.

L’ambition affichée est de fluidifier les opérations portuaires, de réduire les délais de traitement des marchandises et de renforcer la compétitivité du port de Cotonou. Mais entre l’annonce du travail continu par les Douanes et sa mise en œuvre effective par l’ensemble des intervenants, un décalage apparaît déjà. Le constat rapporté par Africaho à l’issue de ses vérifications du samedi 24 octobre, premier jour de mise en œuvre annoncé, soulève des interrogations sur les conditions opérationnelles de cette mesure.

Selon les informations recueillies par les journalistes du média, les services des Douanes et du Port autonome de Cotonou (PAC) étaient présents. En revanche, plusieurs opérateurs privés indispensables à la chaîne de traitement et d’enlèvement des marchandises n’auraient pas prévu de travailler le dimanche 25 octobre.

Des opérateurs privés qui disent n’avoir reçu aucune instruction

Au niveau de Bénin Terminal, chargé de la manutention des conteneurs, un agent rencontré sur place aurait indiqué que les activités du samedi se déroulaient comme à l’accoutumée, mais qu’aucune instruction n’avait été reçue pour une ouverture le dimanche. Selon les propos rapportés par Africaho, la hiérarchie de l’entreprise n’aurait pas été informée de la note du directeur général des Douanes.

Un constat similaire aurait été fait auprès de Bénin Manutentions. D’après les informations recueillies sur place, aucun service dominical n’était prévu, faute de consigne de permanence transmise par la hiérarchie.

La situation signalée chez MSC et Maersk, deux importants consignataires maritimes, soulève une difficulté supplémentaire. Aucun agent de ces sociétés n’aurait été présent lors du passage des journalistes le samedi, et aucune ouverture dominicale n’aurait été annoncée selon les renseignements obtenus sur place.

Or, la délivrance du Bon à délivrer (BAD) par le consignataire constitue une étape essentielle dans le processus de retrait des marchandises. Sans ce document, la disponibilité des services douaniers ne suffit pas, à elle seule, à permettre l’enlèvement d’un conteneur.

Ces éléments, rapportés par Africaho, donnent ainsi à voir une difficulté pratique : la continuité d’un service public ne garantit pas nécessairement celle de toute la chaîne logistique si les autres intervenants ne sont pas mobilisés au même moment.

Une annonce qui nécessite une coordination plus large

Comment expliquer ce décalage ? Une première piste tient au périmètre de la consigne annoncée. Celle-ci émane du directeur général des Douanes. Sa portée exacte à l’égard des opérateurs privés, ainsi que les éventuelles mesures prises par les autres autorités portuaires, restent à préciser.

Le Port autonome de Cotonou évolue dans un environnement où interviennent autorités publiques, gestionnaires d’infrastructures, manutentionnaires, consignataires, transporteurs et autres prestataires. Une mesure visant à étendre les horaires de travail doit donc être articulée avec les obligations et les modalités d’organisation de chacun.

La question n’est pas simplement de savoir si les Douanes sont ouvertes, mais si les autres maillons sont en mesure d’assurer les opérations nécessaires : délivrance des documents, mobilisation des équipes, manutention, positionnement des conteneurs et accomplissement des formalités connexes.

La préparation des permanences dominicales peut également soulever des questions d’organisation du personnel, de rémunération du travail dominical et de coûts supplémentaires. Toutefois, les informations disponibles ne permettent pas d’établir que ces considérations constituent la raison officiellement invoquée par les entreprises concernées. Elles méritent d’être clarifiées auprès de leurs directions.

Le délai entre l’annonce du jeudi 22 octobre et le premier dimanche concerné a également pu compliquer la préparation des équipes et la coordination avec les autres services intervenant dans la chaîne portuaire. Là encore, il appartient aux responsables concernés de préciser les dispositions effectivement prises.

Sabotage ou dispositif insuffisamment préparé ?

L’absence de plusieurs opérateurs le dimanche peut légitimement susciter des interrogations sur l’adhésion de l’ensemble des acteurs à la mesure. Mais peut-on parler de sabotage ? À ce stade, rien dans les éléments rapportés ne permet de soutenir une telle accusation.

Pour caractériser un éventuel refus délibéré d’exécuter une obligation, il faudrait notamment établir l’existence d’une instruction applicable aux entreprises concernées, la preuve qu’elles en ont été régulièrement informées, la nature de leurs engagements et les circonstances précises de leur absence. Les déclarations rapportées par Africaho, selon lesquelles certaines hiérarchies n’auraient reçu aucune consigne, orientent aussi le questionnement vers la circulation de l’information et la préparation opérationnelle.

Une autre interrogation se pose donc : la mesure a-t-elle été suffisamment concertée avec les entreprises privées avant son entrée en vigueur annoncée ? Les horaires, les moyens humains et matériels, les conditions financières ainsi que les responsabilités de chaque intervenant ont-ils été clairement définis ?

L’existence d’un dispositif de rendez-vous pour les camions, évoqué dans les réflexions du secteur portuaire autour de la gestion des flux, renvoie à un enjeu complémentaire : étaler efficacement les enlèvements sur la semaine suppose une organisation cohérente des créneaux et une disponibilité réelle des services nécessaires. Le travail sept jours sur sept ne peut produire tous ses effets par la seule extension des horaires d’un intervenant.

Les opérateurs économiques dans l’attente de clarifications

Pour les importateurs et les transporteurs, les conséquences potentielles sont concrètes. Même lorsque les formalités douanières avancent, l’indisponibilité d’un consignataire ou d’un manutentionnaire peut retarder la sortie des marchandises. Selon les contrats et les conditions applicables, ces retards peuvent prolonger les frais de magasinage ou de surestaries.

L’enjeu est donc de rendre la mesure opérationnelle sur l’ensemble de la chaîne, sans créer de nouvelles contraintes pour les opérateurs économiques. Cela passe notamment par une clarification des horaires, une communication officielle adressée aux différents intervenants et un mécanisme de coordination permettant de traiter les difficultés rencontrées.

Une réunion de coordination entre l’UMCC et les différents maillons de la chaîne portuaire serait annoncée pour le lundi 27 octobre. Si elle est confirmée et effectivement tenue, elle pourrait constituer une occasion de préciser les modalités de mise en œuvre du travail continu et de lever les ambiguïtés constatées sur le terrain. Les conclusions de cette rencontre seront déterminantes pour apprécier la capacité des acteurs à harmoniser leurs horaires et leurs obligations.

Au-delà de la volonté affichée par les Douanes, la question fondamentale demeure : le port de Cotonou est-il prêt à fonctionner sept jours sur sept dans toutes ses composantes, ou la mesure a-t-elle été annoncée avant que les conditions nécessaires à son application soient réunies ?

La réponse dépendra moins des déclarations que de la coordination effective entre les autorités portuaires, les services publics et les opérateurs privés. C’est à cette condition que le travail continu pourra se traduire par une réduction réelle des délais et une amélioration durable de la performance portuaire.

Jannot AMESSOUWOE

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