Avec les premières pluies de la grande saison au sud du Bénin, un mouvement massif s’observe dans le département de l’Atlantique : les populations rurales comme urbaines se tournent vers l’agriculture vivrière, en particulier la culture du maïs. En cause, la hausse continue du prix de cet aliment de base, désormais vendu à 250 FCFA le kilo, contre 150 FCFA l’année dernière à la même période. Dans toutes les communes du département, d’Abomey-Calavi à Zè en passant par Kpomassè, Ouidah, Allada, Sô-Ava, Toffo et Tori-Bossito, les habitants prennent d’assaut les espaces cultivables — parfois même les parcelles non bâties entre les habitations — pour planter du maïs. L’objectif : réduire la pression sur le panier de la ménagère et assurer une certaine autonomie alimentaire dans les trois prochains mois.
À Topa Domè, dans la commune de Kpomassè, M. Charles, un retraité, explique avoir semé un hectare de maïs sur une terre louée. « Ici, il est possible de louer des terres pour une ou deux saisons. Cela permet à ceux qui ne sont pas autochtones, comme moi, de produire au moins de quoi tenir quelques mois », confie-t-il. Le système de location varie : certains paient 100 000 FCFA par hectare pour deux saisons, d’autres partagent simplement la récolte avec le propriétaire. Il existe même une formule dite “30.000 FCFA pour 50-50”, où les récoltes sont partagées équitablement.
La situation varie selon les communes. À Ouidah, où l’espace est presque entièrement vendu à des fins d’habitation, ce sont les parcelles encore non bâties qui servent temporairement de potagers. Le voisinage les entretient en contrepartie d’une part de la récolte. À Allada, les parcelles sont souvent réservées aux cultures de teck ou de bois de chauffage, limitant l’accès aux cultivateurs. À Zè, en revanche, la culture du maïs bat son plein sur de vastes superficies, dans un esprit communautaire et sans lourde bureaucratie.
À Tori-Bossito, l’exploitation agricole se fait sur des bases plus commerciales. Un hectare peut coûter jusqu’à 150 000 FCFA la saison, avec une clause imposant la présence du propriétaire lors de la récolte. À Sô-Ava, la priorité est aux cultures maraîchères, mais la semence de maïs n’est pas en reste. Quant à Abomey-Calavi, cité résidentielle en pleine expansion, ce sont surtout les zones rurales périphériques qui accueillent ces champs de fortune.
Au final, cette dynamique révèle une chose : face à l’inflation, les populations de l’Atlantique ne baissent pas les bras. Elles innovent, s’adaptent, partagent la terre et les récoltes. Le maïs devient ainsi le symbole d’une résilience collective.
✍️ Joseph MENSAH


