Il est des actes qui, dans leur simplicité apparente, touchent à l’essentiel de notre condition humaine. Le don de sang, humble transfusion de vie d’un corps vers un autre, est de ceux-là. Il transcende les mots, dépasse les dogmes, et incarne l’union parfaite entre le geste médical et l’élan spirituel. C’est dans cette posture d’élévation que la paroisse Saint Jean-Baptiste de Cotonou a choisi d’inscrire son jubilé d’érection, soixante-dix années après sa fondation. La symbolique est puissante. Le sang, dans sa définition clinique, est un tissu vital, fluide nourricier, siège de l’oxygène et des anticorps. Mais dans son acception spirituelle, il est bien plus : il est mémoire, alliance, offrande. Donner son sang, c’est entrer dans une forme d’eucharistie laïque, une liturgie du secours où le donneur, à la fois témoin et acteur, devient artisan de résurrection.
Ce n’est donc pas un hasard si la paroisse a décidé d’articuler son année jubilaire autour d’une vaste campagne de don de sang. Cette initiative, née au sein du groupe Saint Tharsissius, puis soutenue par des Lecteurs de la paroisse, s’est peu à peu dilatée, irriguant toute la communauté paroissiale dans un mouvement de foi active, de charité incarnée.
Sous l’impulsion du Père Bruno Hounkonnou, Religieux Camillien Biologiste Médical alors Chef Service du laboratoire d’analyses bio-médicales et Responsable des Campagnes de Don de sang à l’hôpital « La Croix » de Zinvié et fervent défenseur de la médecine de la miséricorde, cette campagne a pris corps. Dépêché expressément par sa communauté pour coordonner les efforts, il n’a ménagé ni son temps, ni ses forces, fidèle à sa devise : « Qui sauve une vie, sauve l’humanité tout entière. » Aux côtés de Monsieur Raoul HOUNTONDJI, Président du comité surplace et de nombreux bénévoles, le Père Bruno a guidé cette mission avec rigueur scientifique et ferveur spirituelle.
Les fruits ne se sont pas fait attendre. En l’espace de trois jours, les 23, 24 et 25 mai 2025, 223 poches de sang ont été collectées. Et si l’on ajoute les prélèvements des campagnes préparatoires, les 131 poches du dimanche 25 août 2024 et les 132 du dimanche 19 janvier 2025, le bilan global est de 496 poches, donc 500. Autant de vies sauvées. Autant de familles épargnées. Autant de cris de douleur suspendus par un simple geste d’amour.
Mais au-delà des chiffres, ce sont les cœurs qui ont été touchés. Cette campagne, minutieusement orchestrée, est le signe tangible de la maturité spirituelle des fidèles de la paroisse Saint Jean-Baptiste de Cotonou. Ils ont compris que la foi, pour ne pas être vaine, doit se traduire en actes. Que la charité n’est pas qu’un mot, mais une transfusion de soi. Et qu’en versant symboliquement leur sang pour autrui, ils participent à cette grande circulation du salut qui traverse les frontières, les langues, les continents. Le sang collecté au cœur de Cotonou circulera peut-être demain dans les veines d’un enfant au Bénin, d’un vieillard en Afrique de l’Ouest, ou même d’un malade en Europe. Ce sang n’a pas de couleur, sinon celle de l’amour universel. Il ne parle qu’une langue : celle de la miséricorde.
Ainsi, la paroisse Saint Jean-Baptiste, en célébrant ses 70 ans par ce geste hautement théologique et médical, affirme que la charité est la plus grande des vertus. Car si la foi nous porte et l’espérance nous guide, c’est bien la charité qui nous sauve. Sauver des vies, c’est en fin de compte de.sauver soi-même. Offrir son sang, c’est communier avec le mystère du Christ qui s’est livré pour tous.
Puisse cette œuvre inspirer d’autres communautés. Et que le sang versé en silence aujourd’hui soit pour demain la sève d’un monde plus fraternel.
Amen.
Georges Bilé BOKOSSA,
Paroisse St. Baptiste de Cotonou, Grand Seminariste au Grand Séminaire Philosophât Saint Paul de Djimè, Diocèse d’Abomey






